• James Cameron The Abyss
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1989 - The Abyss

The Abyss est un film gigantesque, novateur, ultra spectaculaire, et aussi intimiste. James Cameron, intermédiaire miracle entre le réalisateur et le scientifique, délivre en fin de compte le plus élémentaire des messages.

Il était temps que l'abysse révèle enfin ses secrets. Largement temps, car les ragots allaient bon train, laissant entendre que sa maison de production, la Fox, risquait de sombrer corps et biens en cas d'échec...

A vrai dire, les raisons de s'inquiéter sont de taille. A commencer par un budget dément, qui avoisine les 50 millions de dollars (dont le moindre cent est bien présent entre les 4 angles du cinémascope, que l'on se rassure !); et, de plus, il a fallu compter avec les bouillons successifs de Mutant Aquatique en Liberté, du petit Lords of the Deep (produit par Roger Corman) et du gros Leviathan de George Pan Cosmatos, piraté par un scénario inexistant. A la Fox, on serrait les fesses jusqu'au jour de la sortie américaine.

James Cameron The Abyss

Gros soupir de soulagement : The Abyss ramène dans ses filets 13 briques US, pour son premier week-end d'exploitation. Ce n'est pas le délire de Batman, mais c'est quand même très bien. Un succès logique, car le film-mammouth de James Cameron est une grande réussite qui en met réellement plein les mirettes, deux heures quinze durant. Du grand spectacle, un suspense permanent, des effets spéciaux superbes, des sentiments vraiment... humains, des acteurs excellents et un metteur en scène qui connaît le sens du mot "cinéma"... Constater les immenses qualités de The Abyss est bête comme chou.

Le cinéaste en or de Terminator et Aliens est un féru de plongée sous-marine, un inconditionnel du commandant Cousteau et de son "monde du silence". Titulaire d'un diplôme de plongée depuis ses 17 ans, James Cameron goûte une première fois aux joies de la baignade cinématographique avec Piranhas 2, Les Tueurs Volants. Soumis aux impératifs d'un producteur italien soucieux d'exploiter les restes du film de Joe Dante, flanqué d'un scénario calamiteux, Cameron fait ce qu'il peut dans ce premier film. Et il ne peut rien.

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Depuis, carrière faisant, le cinéaste hérite d'une étiquette embarrassante : réalisateur musclé, amateur de flingues et de gros bras, d'effets pyrotechniques, etc... D'emblée, Cameron gueule bien fort son intention dans The Abyss, lequel ne sera pas fréquenté par les créatures mordantes de Aliens. "Ce n'est pas un film d'horreur. The Abyss est très positif, plein d'espoir. Il délivre aussi un message : nous devons changer, pour retrouver nos chances de survie sur cette planète. Il traite du contact avec une intelligence supérieure, une force extrême, qui peut se permettre de nous juger. Et c'est également une histoire d'amour.

L'essentiel est dit. Serein, le cinéaste dit oui à un "Rencontres du Troisième Type" à branchies, mais repousse la tentation d'un "Alien 3' sous-marin. George Pan Cosmatos et Scan Cunningham sont allés écumer ces profondeurs mal fréquentées. "C'est toujours ainsi à Hollywood. On y trouve toujours une horde de gens essayant de tourner le même film. L'année dernière, il s'agissait des échanges de corps; Big était bien le quatre ou cinquième sur ce thème ! L'année précédente, c'était encore autre chose. Il vous faut ignorer les autres, et vous concentrer sur ce que vous êtes en train de tourner, en tentant de le rendre le plus original possible, le plus stimulant possible". Pas de pitié pour la concurrence...

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Mais qui donc avait lancé la vague ? Roger Corman annonce que le script de Lords of the Deep traînait dans un tiroir depuis 5 ans, tandis que Pan Cosmatos et Cunningham s'attribuent ouvertement sa paternité. James Cameron déplore ces coïncidences. Avant lui, il y eut Le Sous-Marin de l'Apocalypse, ou L'Odyssée sous la Mer, dans les années 70; puis des quantités de "sous-Dents de la Mer" une décennie plus tard... Mais de toute façon The Abyss n'a rien à voir avec ses prédécesseurs. Sur la forme et le fond.

Dès les premières minutes, dès qu'un submersible y est ballotté par une force inconnue, The Abyss décolle. Le sous-marin porté disparu, la Marine délègue quelques hommes de troupe sur une plate-forme de forage. Les pépins commencent illico. Les civils ne supportent guère l'autorité des militaires, dont la mission apparaît plutôt obscure. Une tempête sévit à la surface, une ogive nucléaire est ramenée dans l'enceinte de la station Deepcore; et Bud Brigman (Ed Harris) est sur le point de divorcer d'avec l'océanologue Lindsay Brigman (Mary Elizabeth Mastrantonio)... Les incidents succèdent aux accidents. Jusqu'au jour où la plate-forme prend l'eau... Le scénario est simple, direct.

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Le message écologique, évoqué par James Cameron, prend garde d'éviter tes grosses tirades sur le rétrécissement de la couche d'ozone et la surpopulation. Le cinéaste choisit de ne rien dire, de laisser le spectateur deviner le pourquoi du film. Et ça marche. Sans une ligne de baratin explicatif, la pilule passe. Idem pour les rapports entre Mary Elizabeth Mastrantonio et Ed Harris. Quelques commères bien informées ont même cru bon d'annoncer que l'union difficile de ces deux personnages correspondait étrangement à la situation matrimoniale de James Cameron et de Gale Anne Hurd, son épouse et productrice depuis Terminator !...

La réussite de The Abyss tient surtout à son environnement. Le film, à plus de 40%, se déroule directement dans l'eau. James Cameron y plonge littéralement son auditoire. The Abyss mouille, imprègne. On s'y croirait réellement. Impossible de ne pas partager la peur panique de la noyade, la trouille de voir les épaisses parois métalliques céder sous la pression, la terreur de l'asphyxie... Cameron prend le spectateur au ventre et ne le lâche plus. Un type hurle derrière une porte, le niveau de l'eau monte rapidement...

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Cameron exploite merveilleusement ses millions de litres de flotte. Le film échappe au syndrome Cousteau, qui aurait pu le saborder. Jamais les images des plongeurs ne sont répétitives ou lassantes. The Abyss surprend sans cesse. Par son réalisme, le gigantisme des décors, la mécanique d'un suspense haletant, l'inventivité des effets spéciaux... Au-delà des difficultés d'un tournage-marathon, de problèmes techniques a priori insurmontables, au-delà des poncifs (ici, pas de visite guidée des récifs de corail...). The Abyss émerveille, émeut, secoue dans le même temps. C'est devenu si rare et c'est si bon.

The Abyss mérite de figurer dans le Livre des Records à plus d'un titre. Un an de pré-production, 6 mois de tournage à raison de 10 heures par jour et ceci 6 jours sur 7... Le décor principal (la cuve de refroidissement d'une centrale nucléaire abandonnée) contient 32 millions de litres d'eau sur 65 mètres de diamètre (il a fallu 4 jours pleins... pour le remplir). Sa circonférence : 182 mètres, sur 17 mètres de profondeur. 66 mètres de bâche étaient nécessaires pour le recouvrir et l'isoler du jour. Le tournage se déroulait entre 15 et 17 mètres de profondeur moyenne. Impressionnant listing. Mais les ennuis commencent bien avant le tournage. Il faut remettre en état l'immense réservoir crevassé de partout, le repeindre.

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Installer des locaux fonctionnels dans les studios on ne peut plus vétustes mis à la disposition de la Fox par le producteur Earl Owinsky contre la modique somme de 2,5 millions de dollars. L'opération dure, dure, et prend évidemment du retard. Inévitablement, les fuites d'eau, les tuyauteries qui explosent, sont monnaie courante. Pendant ce temps, acteurs et techniciens sont entraînés à la plongée, au large des îles Cayman dans les Caraïbes.

Le look du film passe d'abord par les planches à dessin de Ron Cobb, spécialiste des grosses productions (Conan le Barbare, Rencontres du Troisième Type) et collaborateur précieux de James Cameron (Aliens). Ron Cobb définit la politique de son job en quelques mots : donner une allure de futur très proche, ainsi qu'une réelle personnalité à l'environnement technologique. Sortant à peine de Leviathan, dont il déplore les ressemblances trop marquées avec Alien et les restrictions budgétaires, Ron Cobb fournit dans The Abyss un boulot superbe de vulgarisation scientifique, supervisé par James Cameron. La vision qu'a ce dernier de son film est très pointilleuse, d'une précision maniaque.

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James Cameron désire l'impossible et l'obtient. D'abord, le cinéaste désire tourner en son direct sous la surface de l'eau, une pratique inédite, a priori inconcevable. Or Cameron piaffe, et l'équipe d'ingénieurs trouve. Elle invente des micros incorporés dans les casques, et qui permettent aux comédiens de dialoguer normalement (et au metteur en scène, de leur parler). A partir d'une masse difforme de grésillements (le son, au début des essais du matériel), les ingénieurs arrivent à une qualité sonore exceptionnelle...

Soucieux d'un très grand réalisme, Cameron sait parfaitement que la lumière ne pénètre pas les grands fonds où il a pourtant choisi de développer son scénario, soit à 700 mètres de profondeur. Là, il fait constamment nuit, et l'eau y est d'un noir très intense.

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Le directeur de la photo, Michael Solomon, tire donc le meilleur parti des lumières artificielles du Deepcore, des casques et des petits sous-marins. Les combinaisons sous-marines ne devaient surtout pas ressembler à celles qu'on utilise actuellement, encore moins aux scaphandres énormes de Leviathan (imaginés pourtant par Ron Cobb). Une bonne raison a cela : dans les précédents, on ne distingue que très mal le visage des acteurs, généralement remplacés par des doublures.

Pas de combines de la sorte dans The Abyss. Le masque à oxygène traditionnel est donc banni, ceci au profit d'un masque plus large, aux parois (de verre) planes, et avec éclairage incorporé.

Pour construire les petits submersibles pilotés par les ouvriers de Deepcore au travail, James Cameron fait appel à une société canadienne spécialisée dans la technologie aquatique, Can Dive. Plusieurs des prototypes de "The Abyss" ont déjà un curriculum vitae glorieux : l'exploration de l'épave du Titanic lui-même ! Inutile de préciser que certains des engins fonctionnent réellement, et que l'appareillage à bord n'a rien à voir avec les tableaux de bord clinquants de La Guerre des Etoiles...

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Tenant à la fois de l'ingénieur et du metteur en scène, James Cameron se livre en fin de compte à un travail assez semblable à celui de Stanley Kubrick sur 2001, L'Odyssée de l'Espace. Pas de fantaisie, de délires, mais une rigueur toute scientifique. The Abyss est aux profondeurs sous-marines ce que 2001 fut aux immensités sidérales... "Tourner The Abyss est la chose la plus difficile que j'aie pu entreprendre dans toute ma carrière.

James Cameron est le genre de metteur en scène qui vous pousse à aller au-delà de vos possibilités, mais jamais il ne vous amènera à faire ce qu'il ne peut accomplir lui-même", constate Leo Bunnester, l'un des acteurs de la troupe réunie autour de Cameron. Cameron, qui lui aussi soupire aujourd'hui : "Si, au départ, j'avais compris que le tournage serait si difficile, jamais je ne m'y serai jeté".

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Et pourtant, l'expérience abyssale de ce film aurait très bien pu se dérouler dans des conditions autrement plus éprouvantes. Si, par exemple, il avait retenu le plateau envisagé au départ, un coin de mer des Bahamas. Depuis Piranhas II, où un décor sous-marin fut flanqué par terre par une lame de fond, James Cameron sait parfaitement que la mer est complètement imprévisible. Un environnement contrôlé, et l'apport de quelques uns des meilleurs techniciens d'effets spéciaux de ce monde, sont de bien meilleures garanties.

Un détail : The Abyss n'est pas un film "à effets spéciaux". Il emploie les effets spéciaux de la même manière que Ridley Scott dans Blade Runner, c'est-à-dire pour créer un environnement plausible, palpable. Avec un budget colossal de 15 millions de dollars consacrés aux divers effets, The Abyss accumule les merveilles. D'abord, James Cameron opte pour réunir les deux sociétés d'effets spéciaux les plus performantes des Etats-Unis (et aussi les plus onéreuses) :

Industrial Light and Magic et Dream Quest Images. Le top niveau, auquel il faut ajouter l'apport tout aussi considérable du maquilleur Steve Johnson, pour la raie extraterresetre qui conduit Ed Harris vers une nouvelle Atlantide.

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Au départ, James Cameron avait souhaité la collaboration de Stan Winston, son complice de Aliens, mais celui-ci a déjà signé pour la vilaine créature multiforme de Leviathan. Avec, à son actif, quelques uns des meilleurs moments de Freddy 4 (notamment le croquemitaine bouffé de l'intérieur par ses victimes), Steve Johnson peut prétendre au défi d'une grosse production. Il reçoit de James Cameron l'ordre de confectionner des créatures translucides, à mi-chemin entre la raie manta et le papillon...

Quelques centaines de croquis plus tard, cinéaste et maquilleur en arrivent au résultat souhaité. Avec une tête minuscule, qui évoque le bébé monstrueux d'Eraserhead, d'amples nageoires et une surface lisse (semblable à celle des méduses), les créatures sont parfaitement adaptées au milieu marin. Au terme de 4 mois de travail, Johnson livre 7 modèles différents, que coloria ensuite Moebius.

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Pour donner aux extraterrestres les tonalités désirées par James Cameron, les techniciens emploient des fibres optiques, de minuscules faisceaux lumineux plus communément employés dans les télécommunications (souvent 350 par créature !). Leur manipulation était tout simplement due à des opérateurs actionnant des câbles, parfois à plus de 5 mètres de distance. 30 bonhommes ont tiré les ficelles, lors de l'apparition des 7 raies-papillons géantes face à un Ed Harris médusé.

Finalement, Steve Johnson confie ses marionnettes à Dream Quest, qui les incruste dans l'image. Boulot sensationnel. Au-delà de la simple alternance des plans avec des personnages en chair et en os, et de ceux où tout est miniaturisé à plus ou moins grande échelle.

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The Abyss offre un effet spécial particulièrement réussi : l'intrusion d'une longue colonne d'eau, sous forme reptilienne, dans la station Deepcore. Le "serpent" modèle l'eau à sa convenance, et reproduit tous les visages humains environnants. A tomber sur le cul.

Tatillon pour tout ce qui touche aux effets spéciaux, James Cameron donnera des indications très précises à Dennis Muren : l'entité sera très mobile, fera onduler ses anneaux imaginaires, et devra miroiter, comme n'importe quelle surface aquatique. Mais rien n'est impossible chez Industrial Light and Magic, surtout si on y met le prix. A partir d'une sculpture de résine, Dennis Muren programme le "serpent" sur un ordinateur traitant uniquement de l'animation en trois dimensions. Suite à de savants calculs sur la composition même de l'eau et de la lumière ambiante, suite à une reconstitution sur ordinateur de l'environnement, Dennis Muren arrive à un résultat miraculeux. Huit mois de travail, et de performances techniques, pour... 70 secondes à l'écran !

Le clou de l'épisode du "serpent" est atteint lorsque celui-ci imite les visages de Mary Elizabeth Mastrantonio et de Ed Harris. Un scanner enregistre les expressions faciales des comédiens, qui sont ensuite introduites dans un ordinateur exerçant un contrôle direct sur les points névralgiques du visage manipulé par le computer. Fleuron des effets spéciaux rayon images de synthèse, le "serpent de mer" dépasse de loin ce qui a déjà été vu dans ce domaine.

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On peut reprocher à ce style d'effets spéciaux d'être froids et dénués de poésie (voir les frigides performances techniques de Willow présentées comme de vulgaires démonstrations pour le Salon des Nouvelles Images), mais ce n'est vraiment pas le cas ici. La scène est merveilleuse, émotionnelle, touchante, d'une candeur tout élémentaire.

Le talent de Dennis Muren fut également mobilisé pour une séquence-catastrophe, où les extraterrestres déclenchent un gigantesque raz-de-marée pour sensibiliser l'opinion mondiale sur les dangers d'une débâcle écologique.

La séquence doit se montrer autrement plus impressionnante que les minables débordements de lavabo de Meteor, car les vagues atteignent un bon kilomètre de hauteur. Les génies de Industrial Light and Magic font une fois encore preuve de leur potentiel. En vain, car James Cameron décide de sucrer la séquence, pour cause de métrage à respecter, The Abyss dépassant déjà le temps de projection autorisé !

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Après l'invasion des plantes géantes de La Petite Boutique des Horreurs, un morceau d'anthologie de plus au cimetière des chutes celIuloïdes. Pas grave, après tout. The Abyss n'existe pas uniquement pour ses effets spéciaux.

Comme le dit James Cameron, le film conte simplement une histoire d'amour. Celle d'un couple désuni, et qui va se retrouver...

Marc TOULLEC - Paru dans Mad Movies n°61.

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