• James Cameron Terminator 2 The Judgment Day
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1991 - Terminator 2

Loin des séquelles surgonflées et rigoureusement inutiles, Terminator 2 monte au créneau. Pour la beauté d'images inédites, pour la grandeur de sentiments comprimés dans un recoin de microprocesseur... Un film qui tient du miracle !

Le désert, une jeep. Au volant, une jeune femme, Sarah Connor (Linda Hamilton), avec près d'elle un revolver. Le fond de l'air est d'un calme suspect, l'oeil du typhon, le calme avant la tempête, avant le cataclysme. Ainsi se clôt Terminator. Sur des points de suspension. Dix ans plus tard, Sarah Connor croupit dans un hôpital psychiatrique. Elle dit avoir été la proie d'un cyborg monstrueux envoyé du futur ; elle prédit le jour de la fin du monde pour le 29 août 1997. Elle passe pour folle tandis que son fils, John (Edward Furlong), grandit au sein d'une autre famille. Mais Sarah Connor reçoit la visite d'un ange, Reese, l'homme qu'elle a aimé, le père de son enfant. Et Reese, dans son rêve, lui délivre un message, lui somme doucement de modifier le cours de l'histoire (une séquence qui serait absente de certaines copies, NDR).

En cas de succès, jamais Skynet, le super ordinateur de défense stratégique, ne provoquera l'apocalypse nucléaire, déflagration à l'échelle planétaire qui devrait marquer le début du règne des machines sur le monde. En 2019, elles luttent encore pour la suprématie de la Terre contre des rebelles menés par John Connor, le fils de Sarah. Tuer John Connor équivaudrait à s'assurer une victoire définitive. Par delà la muraille des années, Skynet délègue à la perte du tout jeune John Connor T-1000 (Robert Patrick), un tueur cybernétique d'une puissance inimaginable. Pour le contrer, les rebelles reprogramment le Terminator T-800 (Arnold Schwarzenegger), un modèle plus rudimentaire...

James Cameron Terminator 2

Non, Terminator 2 n'est pas de ces séquelles opportunistes, visant à brasser le maximum de dollars. James Cameron et Arnold Schwarzenegger attendent sept ans avant de s'y consacrer, de trouver l'idée originale qui justifie le retour du Terminator. Sept ans de réflexion. Oui, ils auraient pu sauter sur le morceau dès la sortie du premier Terminator, battre le fer quand il était encore chaud, en 1985. Mais le métal n'a jamais refroidi. Aujourd'hui, c'est brûlant d'une maîtrise, d'une virtuosité qui confine au génie que James Cameron revient. Oui, du génie. Purement, simplement, et presque bêtement lorsqu'on connaît la personnalité forte, l'exigence de James Cameron, ce dingue d'un cinéma mêlant technologie, look néo-industriel et émotions.

Car Terminator était déjà un grand film sentimental sous des dehors de jeu de massacre, avec cette love-story entre Sarah Connor et Reese, le fantassin du futur, et ce dénouement fragile, presque cotonneux, sous le soleil californien... Terminator 2 ne renie rien. James Cameron sait que le succès du "modèle" n'est pas uniquement dû aux carnages perpétrés par un Arnold Schwarzenegger utilisant plus de cartouches que de mots. Il sait que le cyborg est d'autant plus impressionnant, plus dangereux, quand les personnages qui l'environnent existent vraiment. Idem pour Terminator 2. A la puissance, soyons modeste, 10.

Logistiquement armé pour une séquelle qui dépasse en envergure l'original, James Cameron prend son bâton de pèlerin. Terminator 2, le Jugement dernier... Le titre connote déjà religieux. Et le cinéaste enfonce encore le clou. De simple machine de guerre, le Terminator devient une sorte d'ange exterminateur, protecteur, gardien. Son adversaire : T-1000. Le mal à l'état brut, incapable de l'amorce du moindre sentiment, innocent dans son acharnement à tuer John Connor, innocent lorsqu'il se fraie un chemin dans le sang, les flammes. Au terme d'empoignades cyclopéennes, de gunfights homériques où les deux adversaires se criblent de plomb, James Cameron jette ses deux titans dans un haut fourneau dantesque. L'enfer de l'imagerie d'Epinal avec ses immenses chaudrons, ses flammes, sa lave en fusion.

James Cameron Terminator 2

Entre les cyborgs, le bon et le méchant (mais tout est relatif), James Cameron a aussi sa Madone, sa sainte, sa mère de Dieu, une Linda Hamilton aussi sèche, aussi finement bodybuildée qu'elle était pulpeuse dans Terminator. Et, comme Abraham à qui Dieu demande de tuer un de ses fils pour lui prouver sa foi, Sarah Connor doit liquider un innocent, le savant, qui par l'intermédiaire de Skynet doit entraîner la fin du monde. Les images "pieuses" ponctuent de même le récit, à commencer par celle de John Connor (le Messie des temps futurs) et de son état-major au sommet d'une colline. Impossible de ne pas penser au Mont Golgotha... Mais James Cameron n'est pas là pour réaliser un nouvel E.T.. Pas de lourdeur biblique, pas de liturgie à bon marché. L'histoire a simplement une âme, renferme un cœur qui bat. C'est ce qui fait la différence avec tant de spectacles pyrotechniques hollywoodiens. De plus, James Cameron filme Terminator 2 comme un Dieu.

Terminator 2 impressionne par l'ampleur de sa mise en scène, réalisation au service d'un script riche de significations. James Cameron ose le tout pour le tout. Il en a évidemment les moyens, mais cela n'explique pas la réussite exceptionnelle du film. Il ose la description rapide d'une guerre future, l'anéantissement de Los Angeles criant de vérité, des explosions qui ne ressemblent à aucune autre explosion. Il ose surtout des effets spéciaux d'une beauté convulsive, voir les transformations de T-1000, croisement d'un James Dean plus boudeur que jamais et du surfeur d'argent de chez Marvel. Dans le rôle, Robert Patrick surprend par sa terrible froideur, son économie de geste, de mimique, sa constante retenue. Les ordinateurs d'Industrial Light and Magic viennent subvenir à l'imagination folle de James Cameron dès que celle-ci s'emballe.

James Cameron Terminator 2

Cyborg liquide, t-1000 se fond au décor, se métamorphose à vue, corrige énergiquement un Arnold Schwarzenegger beaucoup plus robuste en apparence. Mais la force herculéenne ne peut pas grand chose contre la souplesse à la fois aérienne et aquatique. L'acier contre le vent, l'acier contre l'eau, un choc inédit dont James Cameron exploite les moindres ficelles visuelles. Les trucages sont à la hauteur du concept, révolutionnaires, invisibles. Face à T-1000, le T-800 ressemblerait presque à une antiquité si Arnold Schwarzenegger ne parvenait à l'élever spirituellement très haut.

Si vous êtes allergiques à l'Arnold de Jumeaux et de Un Flic à la Maternelle, Terminator 2 vous fera tout oublier. Il était risqué de vouloir adoucir le Terminator, d'en faire un garde-chiourme, surtout qu'Arnold Schwarzenegger se doit désormais d'avoir l'image d'un héros qui se refuse à une violence trop explicite. Le Terminator tire donc dans les rotules, ça ne tue personne, mais se trouve être à la fois astucieux, drôle et sadique lorsque qu'une cohorte de flics boitant met les voiles. Le danger venait aussi et surtout des rapports entre le jeune John Connor et le Terminator. Et là, quelque chose de rare, d'unique se passe. Pas d'attendrissement inutile, aucune niaiserie, aucun paternalisme frustré.

James Cameron Terminator 2

Par petites touches, quelques phrases froidement récitées ("Hasta la vista"), un sourire qui tient du rictus mal contrôlé, une curiosité maladroite envers des larmes, un bébé brandi par la peau des fesses, le Terminator attendrit, juste ce qu'il faut. James Cameron et Arnold Schwarzenegger ont gagné leur pari en humanisant un monstre de métal sans sombrer dans les compromis grand-public. Rater ce coche aurait tué dans l'œuf Terminator 2, l'aurait privé de cette indispensable aura émotionnelle, aurait même considérablement atténué la qualité du spectacle pur. Selon l'expression consacrée, effets spéciaux et cascades ne valent rien s'ils ne s'appuient pas sur des personnages dignes de ce nom.

Film de toutes les prouesses, de toutes les audaces techniques, film qui lie étroitement émotion et très grand spectacle jusqu'à les rendre indissociables l'un de l'autre, Terminator 2 redore le blason d'une machine hollywoodienne de plus en plus bêtifiante, infantile. Son succès devrait faire réfléchir tous ceux qui pensent que le cinéma, pour plaire, doit systématiquement suspendre sa cervelle sur une patère de vestiaire.

Marc Toullec - Paru dans Mad Movies n°73


JAMES CAMERON - DES IMAGES PLEIN LA TÊTE

Le gigantisme de Terminator 2 aurait dû ensevelir James Cameron sous des tonnes de tracas, le contraindre à simplement gérer un budget délirant. Déjà rôdé par Abyss, le cinéaste surmonte tous les obstacles.

Après le monumental et très expérimental Abyss, James Cameron pouvait vraiment s'inquiéter de la suite de sa carrière. Si son odyssée sous-marine n'a pas perdu d'argent, elle n'en a pas ramassé beaucoup. A Hollywood, un film qui ne fait pas de gros bénéfices est considéré invariablement comme un échec commercial. Etiqueté cinéaste du gigantesque, Cecil B(illet) De Mille de la science-fiction, James Cameron n'a pas d'autres choix, pour se remettre en selle, que d'accepter le contrat Terminator 2. "L'idée d une séquelle à Terminator nous est venue peu de temps après sa sortie. Devant le succès du film, Arnold et moi avons discuté de cette possibilité. Arnold la prenait bien plus au sérieux que moi, même s'il existait à l'époque des problèmes légaux concernant sa mise en chantier.

Tandis que les années passaient, j'ai commencé à m'intéresser vraiment à Terminator 2" témoigne James Cameron. "De plus, je n'ai pas écrit le premier Terminator avec la pensée d'en tourner plus tard une suite. Selon moi, le scénario de Terminator se suffisait à lui-même, même si celui-ci renfermait des éléments propres à être exploités dans une séquelle". Pas très chaud dans un premier temps, James Cameron finit par s'enthousiasmer pour le projet, un projet qui doit surtout sa concrétisation à Arnold Schwarzenegger. Comme ce fut le cas pour Total Recall, le comédien extirpe Terminator 2 des mains d'un producteur en faillite (Hemdale) pour le confier à un autre spécialisé dans les budgets astronomiques (Carolco)...

James Cameron Terminator 2

"Terminator m'est très cher. Le film s'est imposé en tant Que phénomène culturel car il répond à un besoin psychologique du public. Le Terminator symbolise le versant obscur de l'âme humaine ; c'est une créature délivrée de toute contrainte morale, ayant la possibilité de faire exactement ce qu'elle désire lorsquelle le désire" plaide toujours James Cameron en faveur de son homme de fer. Mais sa ferveur envers le cyborg envoyé du futur ne sombre jamais dans l'admiration béate, un tantinet fétichiste. "Le problème qui s'est posé dans la préparation de Terminator 2 venait du fait que le personnage ne me motivait plus du tout. Voilà pourquoi je l'ai modifié de manière à ce qu'il soit différent du premier film. J'ai résolu ce handicap en lui offrant la capacité de s'adapter à des émotions humaines et, dans un certain sens, en en faisant un héros positif. Et non plus un droïde uniquement animé par une mission.

Cette mission, T-lOOO, son substitut faire-valoir, s'en charge à la puissance... 1000, le Terminator d'Arnold n'étant qu'un T-800 ! Dans l'imagination de James Cameron, il n'est, à l'origine, pas question de T-1000. "Il était important de créer une continuité par rapport au premier Terminator. Le scénariste William Wisher et moi avons brassé de nombreux concepts. L'un d'eux concernait Arnold Schwarzenegger à la fois dans le rôle du bon et du méchant Terminator. Deux points m'ont éloigné de cette idée : d'abord, cela ressemblait surtout à un gadget ; de plus, je savais que visuellement je devrais distinguer les androïdes l'un de l'autre".

James Cameron Terminator 2

Imaginez une séquence virtuelle : d'un côté, le gentil Arnold, le visage lisse et, face à lui, le vilain Arnold, la tronche en charpie, l'armature métallique saillant sous le latex... Cette voie aurait inévitablement donné la vedette au "bad guy", toujours plus fascinant, plus attractif que le bon. Prisonnier de pareil script, le Terminator aurait perdu de sa puissance, de son magnétisme. La multiplication par deux lui aurait été fatale. "Néanmoins, ce concept aurait pu fonctionner à l'écran, mais nous avons réalisé que le public allait se souvenir du premier Terminator. Son adversaire se devait donc d'être plus spectaculaire, plus fort. Nous étions face à un dilemme : qu'est-ce qui est plus impressionnant, plus terrifiant, plus dévastateur que le Terminator ?".

Le serpent se mord la queue. James Cameron et William Wisher se prennent la tête jusqu'au jour où ils se penchent sur l'une des premières versions du script de Terminator. "Devant l'impossibilité de trouver plus gros et ne pouvant faire appel à un être qui ne soit pas d'apparence humaine, nous avons eu l'idée de T-1000. Dans l'un des premiers scénarios de Terminator, nous avions une espèce de robot à la constitution liquide et métallique qui pouvait adopter n'importe quelle forme. A cette époque est sorti The Thing de John Carpenter, lequel met en scène un monstre multiforme, et c'est pourquoi nous avons abandonné l'idée. Reste que jamais je n'ai oublié l'image de cette créature liquide et invertébrée !". Même dans Abyss sous l'aspect d'un tentacule aquatique !

James Cameron Terminator 2

James Cameron se montre néanmoins très rigoureux envers son nouveau méchant. Pas question de l'amener à agir selon l'inspiration du moment. Non, T-1000 se doit de posséder ses propres limites. "Il ne peut pas voler, ni se transformer soudain en une machine complexe comme une voiture ou un avion. T-1000 ne peut altérer sa propre constitution chimique. Il peut par contre modifier la couleur et la texture de son aspect extérieur. Il imite les objets, mais se montre dans l'impossibilité de se métamorphoser en eux. Cela a toujours été clair pour nous. Et aussi pour le public". James Cameron aurait-il vu Les Barbapapas, les grosses guimauves des cartoons télé, capables de revêtir l'apparence du premier objet venu ?

Comme Arnold Schwarzenegger, Linda Hamilton assure la jonction entre les deux Terminator. Son personnage, Sarah Connor, bénéficie, encore plus que les androïdes, de l'attention de James Cameron. Victime apeurée voici sept ans, Sarah Connor a considérablement changé. La californienne est désormais une louve emprisonnée. "Il existe désormais un lien très étroit entre le Terminator et Sarah Connor, une sorte de transmission de pensée. Elle est devenue une guerrière, un Terminator au féminin. Sa réalité se trouve dans le futur, dans le monde des androïdes. Sarah tente de se convaincre elle-même : "Pour survivre dans cet univers, je dois lui ressembler. Je dois me passer d'émotions, éviter la compassion, la pitié. Trois millions de personnes vont bientôt mourir, et si je pense à une seule de ces morts, je vais devenir irrémédiablement folle".

James Cameron Terminator 2

Voilà ce qui passe dans un cerveau humain soumis à la pression de l'inévitable. Il ne peut se résigner à accepter l'holocauste nucléaire ; c'est trop horrible. Mais Sarah est contrainte d'agir ainsi. Cela la rend, aux yeux des autres, indésirable et un peu cinglée. La substance dramatique de Terminator 2 tient dans la possibilité qui lui est donnée de renverser le cours de l'histoire."

James Cameron est un grand sentimental. Abyss marque les retrouvailles d'un couple désuni, Aliens parle de l'instinct maternel qui sommeille dans toute femme, y compris la plus vaillante au combat, Terminator prend le parti d'une grossesse, indispensable à la survie de l'humanité. Et Terminator 2 milite finalement en faveur d'une femme devant éduquer son fils pour en faire le sauveur providentiel de la Terre, sous le joug des machines. Malgré des prodiges de technicité et des sommes délirantes investies dans des scripts incroyablement imaginatifs, James Cameron condense immanquablement ses films dans des dénouements intimistes et des messages élémentaires. Privé de moyens, de l'infrastructure Hollywoodienne, et de son goût inné pour le grand spectacle, James Cameron tournerait des drames sentimentaux dans des deux pièces où femmes et hommes se déchireraient avant de se réconcilier.

James Cameron Terminator 2

"Il n'y aurait rien de plus moche pour moi que de passer un an de ma vie sur un film qui montrerait à des millions d'enfants Arnold Schwarzenegger se servant d'une grosse mitrailleuse pour exterminer un maximum d'adversaires. Toute cette énergie, tout cet argent rien que pour ça, non ! Beaucoup de cinéastes vous forcent à une certaine admiration pour des personnages violents, en évitant toute dimension morale. Terminator 2 dit : 'Vous aimez le grand spectacle ? Ok. Vous aimez la violence ? Les protagonistes en paient le prix'. Sarah Connor en paie le prix. Terminator 2 est l'histoire de sa rédemption, et de celle du Terminator".

Terminator 2 n'est pas un film violent, James Cameron s'en défend : "Je pense que tous les réalisateurs qui ont plagié Terminator ont oublié une chose importante. Tous ont fait du robot le héros de leurs films. Il n'a jamais été question qu'il soit le héros du mien. Il est l'ennemi. Mais quelques titres l'ont glorifié lui, et par la même occasion la violence de ses actes. Terminator et Terminator 2 ne sont pas des films sanglants. Ils sont intenses". Intense est bien le mot pour Terminator 2 dans la mesure où Arnold Schwarzenegger n'y liquide personne. Le statut de bon androïde le lui interdit. A moins que ce soit le statut de star désormais familiale acquis par Arnold depuis des comédies comme Jumeaux et Un Flic à la Maternelle...

James Cameron Terminator 2

"A quel public s'adresse donc Terminator 2 ? A celui de Jumeaux ou à celui de Commando ? Je ne sais pas. J'ai seulement tourné ce qui est dramatiquement viable pour l'histoire. C'est toujours mieux que d'essayer de s'adresser à un public bien précis, que d'effectuer des études de marché. Je suis uniquement concerné par le personnage du Terminator, par les réminiscences de son passé. Il s'agit de la meilleure position vis-à-vis du personnage : assez de violence pour le rendre crédible, et pas trop pour ne pas entamer les engagements moraux. Si le thème de Terminator 2 est justement la valeur de la vie humaine, à quoi bon se répandre en armes fumantes ? Ce parti pris est bien sûr risqué, mais je pense que le film marche bien à ce niveau". Plutôt bien, car James Cameron, petit malin, trouve la parade idéale aux carnages plutôt sévères du premier Terminator : le cyborg tire dans les jambes de ses agresseurs ! "On peut malgré tout considérer Terminator 2 comme un film violent. Disons que sa violence n'est pas gratuite. Il y a beaucoup d'action, mais très peu de ce que j'appelle la violence pure. Il y a très peu de cadavres dans Terminator 2, nettement moins que dans Indiana Jones et le Temple Maudit et même Indiana Jones et la Dernière Croisade. Rien a voir avec RoboCop 2 qui, selon moi, est un gros navet vraiment dégueulasse".

James Cameron Terminator 2

A ceux qui l'accusent aujourd'hui d'avoir ouvert la porte à l'ultra-violence avec le premier Terminator, James Cameron répond en des termes évocateurs. "Lire dans les colonnes des journaux que les bombes ont tué 150.000 Irakiens est nettement plus dangereux. Cela montre que la vie humaine n'est pas aussi importante que cela. Je ne pense pas qu'assister à un spectacle dur à l'écran amène la violence contenue en chacun de nous à s'exprimer ouvertement. La violence est indissociable de l'homme. Il s'agit avant tout de la contrôler. Terminator 2 n'est pas là pour exciter certaines pulsions. Le méchant y fait le sale travail. J'aurais de plus grandes réserves si le héros agissait comme lui, s'il tuait sans sommation. Cela serait alors interprété comme un exemple à suivre. Le méchant est supposé agir de façon moralement répréhensible. Il suit cette règle, ce qui fait de lui le méchant !". T-1000 se charge donc du "sale boulot", mais avec une application qui tient plus de la tâche bien remplie que du sadisme.

James Cameron Terminator 2

Mettre en scène dans Terminator 2 un Arnold dégommant tout le personnel d'un commissariat aurait été une véritable bévue, un appel au soulèvement armé. "Arnold Schwarzenegger n'est pas uniquement un comédien qui rentre dans un rôle et se fait oublier au profit du personnage. Il reste toujours Arnold Schwarzenegger. Il est mondialement connu et s'impose comme l'idole de millions de gens, des enfants surtout. Je ne peux plus le filmer aujourd'hui descendant dans la rue, flinguant tout ce qui se présente. Ce n'est pas le film que j'ai voulu faire. Et plus que tout, j'aime faire attention à ce que je montre". James Cameron veille. Des milliers de douilles chauffées à blanc qui jonchent le sol, neuf sur dix ont littéralement transpercé T-1000. Autant donner des coups d'épéc dans l'eau.

James Cameron Terminator 2

Le premier Terminator était déjà pour moi un gros budget. 6,5 millions de dollars, c'est beaucoup, surtout après avoir travaillé pour Roger Corman". Les années ont passé. Et Terminator 2 flirte avec les records. "L'argent vient de la production, pas de moi. J'ai seulement proposé le film, annoncé combien il allait coûter, et ils ont approuvé. Évidemment, Terminator 2 est un film très coûteux. Cependant, tout l'argent investi est à l'écran".

L'édition du 8 juillet dernier du quotidien Newsweek présente le détail du budget. 12 millions pour Arnold, 6 pour James Cameron, 10 pour les droits, 1 pour Linda Hamilton, 17 pour les effets spéciaux, 34 pour le tournage.... En comptant les extras, on atteindrait la somme de 94 millions de dollars. Aussi impressionnant que soit ce chiffre, il n'est pas dû à des dépassements extravagants. Avant même le premier jour de tournage, Terminator 2 était un film rentable. 61 millions viennent des droits internationaux, télé et vidéo, 20 millions du marchandising... Arnold Schwarzenegger vaut quant à lui au moins 100 millions au box-office nord-américain. Juste prix : Terminator 2 atteint actuellement les 150 briques US au box-office. "J'ai entendu certains estimer le budget de Terminator 2 entre 80 et 105 millions de dollars. Je peux vous certifier que se sont des conneries. Tant de spéculations auraient pu être justes en cas de perte de contrôle sur les effets spéciaux. Mais cela n'a jamais été le cas !".

James Cameron Terminator 2

Malgré les démentis de James Cameron, les chèques signés par la production font l'objet de tous les fantasmes hollywoodiens deux ou trois mois durant. "Lorsque quelqu'un nous demande combien le film a coulé, nous nous tournons vers lui et nous lui demandons dans quelle position il fait l'amour" plaisante le réalisateur qui refuse systématiquement de donner un chiffre précis, ça ne l'intéresse pas.

Mais selon James Cameron, c'est la date de sortie américaine qui détermine l'investissement. Terminator 2 devait être prêt pour le 4 juillet. "Les délais ont été très serrés et l'ampleur du budget le reflète bien. Nous savions que la post-production et les effets spéciaux reviendraient très cher, mais tout cela était déjà budgété. Il n'est pas question de gouffre financier mais juste d'un investissement important. A l'avance, nous savions que nous dépenserions tout de manière à être fin prêt pour le 4 juillet". Pas de quoi affoler les boursicoteurs de Wall Street !

James Cameron Terminator 2

"Terminator 2 a coûté beaucoup d'argent. A Carolco, les gens m'ont fait confiance, et veulent que je tourne d'autres films pour eux. Mais jusqu'où peuvent-ils aller dans l'épargne ? Tout le monde souhaiterait que je dépense moins d'argent, les gens de Carolco les premiers, qui auraient souhaité me voir réaliser Terminator 2 pour 5 ou 10 millions de dollars. On peut toujours espérer ! Mais ce que je peux vraiment accomplir compte bien davantage " explique James Cameron. Et dans Terminator 2, il accomplit des prodiges. Par dizaines. "Je veux donner aux spectateurs le meilleur film possible. Je veux qu'ils en aient pour leur argent".

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James Cameron est-il fou ? Il faut l'être un peu pour s'atteler à des projets aussi ambitieux que Aliens, Abyss et Terminator 2. "Le côté pervers de ma personnalité m'amène à coucher sur le papier des scènes que je ne sais pas encore comment mettre en images". D'où les défis permanents que représente le tournage des films de James Cameron. James Cameron qui ne choisit jamais la facilité. James Cameron qui opte systématiquement pour des spectacles dans la lignée des grandes aventures hollywoodiennes. Depuis mon enfance, je garde en mémoire des films comme Spartacus, Autant en Emporte le Vent, Ben Hur, 2001, L'Odyssée de l'Espace. Des films qu'il serait impossible de mettre en chantier actuellement, les budgets ayant considérablement augmenté depuis, de 30 % rien que pour ces deux dernières années. Dans mes films, j'essaie de retrouver le courage et le culot des Stanley Kubrick, Victor Fleming, William Wyler de l'époque". Mais le gigantisme et la complexité de son travail ne transforment jamais James Cameron en superviseur de luxe comme le sont souvent les "employés" engagés par les studios.

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James Cameron se charge de tout, se soucie de tout, se mêle de tout. Une façon de bosser héritée de son passage chez Roger Corman. "Lorsque vous travaillez sur une production Roger Corman, vous devez vous occuper de tout car personne ne le fera pour vous". Depuis La Galaxie de la Terreur et Les Mercenaires de l'Espace, Cameron a certainement pris du galon mais sa façon d'aborder les choses ne s'est nullement adaptée à la routine du "director" hollywoodien. "James se sent concerné par le moindre détail. Il n'existe aucun aspect de la fabrication d'un film qui ne lui soit étranger. C'est un perfectionniste et tous ses collaborateurs doivent aussi le devenir" témoigne la co-productrice de Terminator 2, Stéphanie Austin. Untel avoue ainsi avoir surpris James Cameron maniant le pinceau sur le plateau de Terminator 2...

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"Le cinéma tient de l'expérience tactile. Sur le plateau, aider à démolir un mur et y répandre du faux sang sont des choses importantes pour moi. Plus le temps passe, plus je m'investis de manière a retrouver l'enthousiasme, l'excitation de mes débuts derrière la caméra, lorsque je devais tout régler par moi-même car personne d'autre n'intervenait". Deux séquences à priori sans histoire symbolisent les choix de James Cameron. Celle qui se déroule dans un canal où T-1000 au volant d'un semi-remorque poursuit le jeune John Connor, et celle prenant pour cadre des hauts fourneaux. "Le canal était très éloigné de l'endroit où on tournait. A des kilomètres, et nous avons dû transporter des tonnes de matériel. De plus, le sol était souvent recouvert d'une espèce d'algue qui rendait les parois glissantes. Il nous arrivait de tomber. Il a ainsi fallu tout nettoyer avec des jets à haute pression, et ensuite évacuer toute cette eau". Rien n'est jamais simple sous la coupe du réalisateur, y compris ce qui paraît évident, voire facile.

James Cameron Terminator 2

Cinq semaines durant, le cinéaste plante ses caméras dans une usine abandonnée, devenue à l'écran un centre métallurgique en pleine activité. "La plus grande erreur que j'ai faite sur Terminator 2 fut de mêler métal en fusion et comédiens. Dans Indiana Jones et la Dernière Croisade par exemple, Steven Spielberg a utilisé du magma. Terminator 2 est le premier film a immerger un être humain dans le métal liquide. Généralement, à l'écran, on assiste à l'inflammation d'un personnage, un truc assez aisé à réaliser, mais spectaculaire. Dans Terminator 2, l'interactivité entre le brasier et la chair existe vraiment. Mais finalement, nous avons perdu beaucoup de temps et dépensé beaucoup d'argent pour quelque chose qui est moins impressionnant à l'écran que sur le papier ! Nous avions pourtant scrupuleusement étudié plusieurs films sur la fabrication de l'acier".

James Cameron Terminator 2

James Cameron n'a pas à se lamenter sur la dite séquence. Elle s'avère encore plus terrible, plus spectaculaire, du fait de son côté naturel. Un effet "live" à l'image de tous les effets spéciaux de Terminator 2, y compris ceux du prologue, se déroulant dans le futur dirigé par les machines. "J'ai essayé de donner au prologue l'apparence d'un documentaire sur la Deuxième Guerre Mondiale, avec des images rapides, des flashes évoquant des événements passés". Pas simplement un virtuose de la caméra et des effets spéciaux assistés par ordinateur, ce kamikaze de James Cameron, mais aussi, et surtout, un visionnaire, un Auteur.

James Cameron Terminator 2

"Les rêves, en général, sont très importants pour moi. Je pense qu'ils ont autant de signification que n'importe quel autre événement qui survient dans une journée, et qu'ils représentent une part importante de notre psychologie. Les rêves jouent un rôle prédominant dans mon processus créatif. Etant enfant, je rêvais souvent de guerres atomiques. Je ne sais pas vraiment ce que cela révèle de moi, mais je suis en revanche certain qu'ils ont marqué les films que j'ai tournés". C'est en effet indiscutable. Tout Terminator 2 se déroule autour de la date du 19 août 1997, jour de l'apocalypse nucléaire, jour qui hante une Sarah Connor impuissante, qui visualise déjà le cataclysme décollant du sol les buildings de Los Angeles. Terminator 2 est un compte à rebours contre l'inévitable.

James Cameron Terminator 2

"Le premier film d'action militant pour la paix mondiale" selon James Cameron. "Accepter le destin équivaut à croire que votre avenir est basé sur le pêché, les erreurs, et que rien ne peut le modifier. Le destin, au contraire, peut également vous laisser croire qu'il dépend du contrôle que vous exercez sur votre existence, de votre capacité a prévenir les événements". James Cameron prône la clairvoyance, la prise en compte de toutes les conséquences possibles d'un acte. Dans Terminator 2, Sarah Connor est l'ambassadrice de sa pensée. "Elle vit en étant convaincue que la destruction du monde est inévitable. Arrivée à un point extrême de résignation, elle revit un message du père de son fils, l'envoyé du futur : 'Le futur n'est pas écrit à l'avance. Le destin n'existe pas. Nous le construisons par l'instant présent'. Elle comprend ce message et décide de tenter de modifier le cours de l'histoire". Et Sarah Connor de mener finalement à bien sa mission.

James Cameron Terminator 2

Optimiste James Cameron ? "Je ne le suis pas vraiment pour le monde. Je suis optimiste envers les hommes, pas envers les systèmes. Je souhaite que tous mes films illustrent cette opinion. Mes héros se battent contre les systèmes. Ils prennent leurs responsabilités, ils ne sont pas des victimes, ils ne haussent pas les épaules en prétextant que tout est insurmontable et qu'ils n'y arriveront jamais". Beau message que le cinéaste applique tous les jours sur le plateau de ses films. Il mate la machinerie monstrueuse de la super-production, concrétise les idées les plus barges, n'écrase pas ses protagonistes sous le gigantisme de l'infrastructure, et ose même titiller la fibre sensible tandis que se déchaîne le feu nucléaire. Impossible n'est pas James Cameron.

Marc Toullec - Paru dans Mad Movies n°73

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