James Cameron s'est exprimé dans une interview exclusive pour le magazine "DGA Quarterly". Voici pour vous cette entrevue passionnante, traduite en français, dans laquelle James nous en dit plus sur ses méthodes de travail et où il puise son génie...
JEFFREY RESSNER :
Il y a peu de temps, "Steven Spielberg" à discuté "effets spéciaux" durant une conférence de presse pour le nouvel "Indiana Jones" et il a déclaré "Je crois en une magie pratique, pas la magie numérique". Vous y répondez quoi ?
JAMES CAMERON :
Steven est un maître. Il est le "sensei" dont nous avons tous appris quelque chose et il se réinvente en permanence afin que nous puissions apprendre encore plus.
Mais je dois dire que je suis en désaccord avec lui dans certains domaines tout de même.
Il continu par exemple son édition sur un "KEM" (ndlr : appareil de montage datant des années 70), qui semble aujourd’hui être un âne têtu…donc vraisemblablement c’est sa zone de confort, son habitude de travail.
Pour moi, toutefois, la technologie du montage vidéo évolue, je veux être à la pointe.
Je veux être au sommet de la vague et la chevaucher. Je veux pas que la vague m’engloutisse, et voir de la berge les autres surfer dessus.
J'ai l'occasion de jouir de ça et c’est fantastique.
Toutefois, il faut trouver un équilibre dans la technique de direction et ne jamais laisser la technologie imposer son style et interférer la narration, étouffant les sentiments et l'âme du film.
Je dirai que je n’avais clairement pas compris ça sur "Abyss" alors que pour "Titanic" oui.
JEFFREY RESSNER :
Le film qui a ouvert la voie a été pour vous "2001: L'Odyssey De L'Espace". Mais vous rappelez vous le tout premier film que vous avez vu?
JAMES CAMERON :
Non, pas vraiment, sans doute un "Disney".
Mais le premier film qui m’a marqué d’une très forte impression, subjugué même plusieurs semaines plus tard, a été "Jason et les Argonautes".
Je me souviens très bien quand mon grand-père m’a emmené au cinéma en Ontario ce jour là, et d'avoir été absolument soufflé par les couleurs vives de ce film, sa luminosité, la réalité de cette lutte contre les squelettes.
Bien sûr, 40 ans plus tard ça peut paraitre risible, mais j’étais à cette époque en troisième cycle d’étude et j’ai rapidement commencé à dessiner ma propre version du film.
J'étais un pur et avide consommateur de fantastique dans les films, en livres également, etc...
Plus tard pendant l'école secondaire, je prenais un bus qui faisait l’aller et retour, une heure de voyage quotidien où je lisais pratiquement chaque jour une nouvelle différente, souvent de science fiction.
JEFFREY RESSNER :
Quand avez vous pris conscience que vous pouviez être réalisateur ?
JAMES CAMERON :
Eh bien, j'avais travaillé sur la conception de films produits par "Corman", et c’était du haut niveau, même si nous travaillions sur des petits budgets.
Je regardais le travail des autres réalisateurs, scène par scène et la plupart ne savait pas où placer la caméra ou comment bien éclairer un plan.
Je me suis dit: si c'est ça être réalisateur, je peux le faire !
Il n'y avait aucun doute dans mon esprit, j’ai toujours su que je pouvais le faire, mais cette prise de conscience n’à pas été possible tant que justement je n’avais pas vu d'autres personnes si mal le faire.
Désormais il y a un certain orgueil à tout ça, car ensuite vous êtes confronté à ce premier jour, quand vous devenez "le gars" qui va monter ses plans, placer la caméra et ainsi de suite, et ça peut être vraiment assez redoutable. Quand vous n'avez aucune expérience, au bout du compte ça doit devenir un réflexe, et pour ça vous avez besoin de prendre du muscle.
A l’époque où j’ai réalisé "Terminator", j'avais énormément confiance et suffisamment d'expérience, fort heureusement ; pas de gâchis qui pénalise la production, étant donné que c’était un très petit budget et qu’il fallait tourner très vite.
JEFFREY RESSNER :
Le style Cameron apporté dans "Terminator" continue avec "Aliens" et vos autres films, ce niveau de vélocité, dans lequel le public se sent comme emporté dans une longue chevauchée sauvage. Comment avez-vous développé ce style?
JAMES CAMERON :
Il n'y avait pas un "style de Cameron" à cette époque et je suis même pas sur qu’il y en ai un aujourd’hui.
J’essaye juste de me surpasser et trouver des choses nouvelles. Comme un skieur aime la neige vierge du matin, je recherche la poudre fraiche.
Avec Terminator, j’avais pas de style, j'ai eu beaucoup d'idées.
Je n'ai pas été influencé par les films scolaires, les standard de l’école de cinéma, comme certain films esthétiques à la "John Ford" ou de "Lubitsch", mais plutôt influencé par ce qui sortais à ce moment là au cinéma.
C'est une sorte d’approche "anti-Scorsese". Martin entre totalement dans l'esthétique enseigné dans les écoles de Réalisateurs européens. Ce que je ne suis pas.
J’aime juste les films, et je jette tout ce que j’ai dans un mixeur, ce qui en ressort un jour sera pour moi ce qui aura un sens à ce moment là, sans aucune tentative d'imposer un style spécifique à ce sujet.
Je me souviens que "True Lies" m’avait consciemment discipliné à travailler en longue focale, tirer la caméra en arrière et créer plus de compression dans le cadre, juste parce que c'est ce que tout le monde faisait.
Mais ce n'était pas distinctif pour moi et j'ai abandonné ça quand j’ai fait "Titanic", et je l’ai jamais refait depuis parce que ce n'est pas la façon dont je vois les choses.
JEFFREY RESSNER :
Donc, si vous ne voyez pas votre travail en termes de style, comment y pensez-vous ?
JAMES CAMERON :
Je pense en terme scénaristique, la façon de raconter l’histoire. Par exemple:
qu'est-ce que cette scène là demande?
Qu'est-ce que je tente de dire au spectateur ? Quelle influences un personnage à sur un autre ? Qu’est ce que le personnage pense mais ne dit pas ?
Est-ce une scène de tension ou un moment chaud ?
Je me pousse à essayer d'aller en dehors de ma zone de confort.
Je regarde d’autres films et les choses qui m'impressionnent le plus ne sont pas les grandes séquences d'action.
Ce n’est pas non plus le pyrotechniques et l’hyperkinétique des plans en CG. Ces grosses séquences d'effets de synthèse sont relativement accessibles.
Elles sont très chers certes, et pénibles à faire aussi bien sur, mais sont relativement faciles parce qu'elles sont comme elles sont, de manière générale.
Ce qui m'impressionne vraiment c’est quand un cinéaste peut très rapidement et efficacement me faire sortir de mon corps, un état transcendant où je m’oublie car connecté à 100% sur les personnages du film.
Je sais ce qu'ils sont et ce qu'ils pensent sans même qu’il l’exprime à l’écran.
Ça, franchement, c’est quelque chose que je craint encore aujourd’hui dans mon travail, parce que je pense que c'est une des choses les plus difficiles à faire.
JEFFREY RESSNER :
Le Terminator a plusieurs scènes d’action entre Sarah Connor et ce soldat du futur affectés à sa protection.
Venant de quelqu’un comme vous plutôt spécialisés maquettiste et effets spéciaux, comment avez-vous procédé face à des nouveaux talents tel que Linda Hamilton et Michael Biehn ?
JAMES CAMERON :
J'avais fait un petit théâtre à l'école secondaire, mais j'ai vraiment eu aucune formation portant sur les acteurs. Zero, rien.
Je pense que mon atout pour sensibiliser ces acteurs venait de l'écriture.
Je créais des personnages dans lequel mes acteurs s’engageaient complètement, donc nous avions de longue discutions d’échange à ce propos.
C’est aussi simple que ça.
Quand vous avez beaucoup de chose à dire à quelqu'un, vous trouverez forcément entre vous des liens ou points de compréhension qui seront favorable dans vos relations de travail.
J'ai toujours trouvé qu'il était très facile de s'entendre avec les acteurs, et ils trouvent facile également de travailler avec moi, parce que, probablement, je parle trop.
Avec le temps je me suis dit qu’il fallait faire marche arrière, et leur donner la matière pour agir sur le moment, par opposition au fonctionnement des grosses productions, parce que parfois les acteurs ne peuvent pas contenir tout dans leur esprit, ils sont à la recherche de petits moments de vérité.
De nos jours, je trouve que la HD est vraiment idéale pour ça parce que vous ne coupez pas et, sauf si c'est un plan en Steadicam, que je n’utilise pas, je vais exploiter tout le reste : la grue, la dolly, camera portable...Donc, en général je suis là et je recommence rapidement à zéro en disant: "Hé, refait moi ça encore une fois, rapidement, pousse ça ou fait le comme ça, met y des sentiments, etc".
Certains acteurs fonctionnent comme ça car ils sont présent dans l'instant.
Ce n'est pas "Coupez!", Puis l’équipe technique viens et l’ambiance retombe, les gens autour commencent à plaisanter et le charme est rompu.
Avec la HD, ils peuvent rester sous le charme d’une séquence.
C'est un peu comme si vous aviez un coach qui vous murmure à l'oreille: "tu es là, tu es dans le match. Tu n’a pas à t’arrêter. Personne ne siffle la fin du jeu".
JEFFREY RESSNER :
Votre film suivant, "Aliens", était votre première expérience de travail avec un casting complet. En quoi était ce différent que de travailler avec juste un ou deux acteurs ?
JAMES CAMERON :
Chaque scène d’Aliens était une scène de groupe donc il a fallu que je m'organise et que je commence réellement à réfléchir de comment gérer cet ensemble d’acteurs. Comment consacrer a chacun le temps suffisant ? Comment faire pour que les acteurs ne se sentent pas exclu du processus créatif dans le groupe ? Tout le monde ne peut pas avoir le même temps dans une scène de huit personnages.
Donc oui, c'était une courbe d'apprentissage très raide pour ce film bien que tout cela soit secondaire comparé aux problèmes purement techniques et logistiques.
Nous avons fait le film en Angleterre ou le rythme de travail était moitié moins rapide que celui qu'on avait l'habitude de suivre. C'était littéralement courir de droite à gauche dans de la gélatine. Honnêtement, pendant une semaine, nous pensions que nous ne pourrions pas terminer le film. Nous avons changés de directeurs de la photographie, nous avons eut beaucoup de problèmes
JEFFREY RESSNER :
"Terminator" avait quelques scènes avec le robot, mais dans "Aliens" il y avait un personnage entier qui n'était pas humain. Était-ce un nouveau challenge pour vous ?
JAMES CAMERON :
C'est le genre que film fantastique que je voulais faire. J'ai été voire les gars que je connaissais et avec qui j'aime collaborer : Stan Winston et son équipe. On était partis pour battre Carlo Rambaldi et les autres gars qui ont fait le premier Alien, mais bien sur nous nous sommes donnés des obstacles plus hauts à franchir en ayant la « chose » (ndlr : l'Alien) a l'extérieur impliquée dans une scène d'action. Le premier film était vraiment très stylisé et avec un style d'horreur différent. Mon film est très diffèrent. Il relate de personnes dépassant leur paralysie, leur peur, pour devenir des gens prenant part a l'action. Et à la seconde ou ça passe à l'action, là c'est mon territoire. C'est ma spécialité. Donc nous nous sommes donné un tat de challenges différents, mais pour moi c'était amusant. J'aime ça. C'est la magie de la réalisation cinématographique.
JEFFREY RESSNER :
Comment était ce de diriger à la fois des acteurs générés par ordinateurs et des acteurs réels dans la même scène, comme dans la séquence d' "Abyss" ou ils rencontrent cette créature aqueuse ?
JAMES CAMERON :
La question devrait probablement être reformulée car ce ne sont pas vraiment des acteurs générés par ordinateur - ce sont des acteurs. Le pseudopod [dans "Abyss"] était "Ed Harris" et "Mary Elizabeth Mastantonio". Le T-1000 [cyborg se transformant dans "Terminator 2" ] était Robert Patrick. Au lieu d'un directeur de la photographie et d'une équipe de tournage mettant la lumières sur un acteur, vous avez un groupe d'animateurs 3D et de programmeurs, une culture complètement différente, qui enregistrent ce que cet acteur fait d'une manière différente.
En conséquence l'acteur et le réalisateur sont les éléments communs entre ces deux cultures complètement différentes qui n'ont presque pas de rapports entre elles. Tout comme l’époque où j'étais le patron de Digital Domain (l'entreprise d'effets spéciaux), je continue encore à dire aux artistes travaillant sur ordinateur, "vous devez aller sur le plateau, vous devez parler a un directeur artistique, vous devez travailler sur le tournage d'un film et comprendre ce que ça veut dire que d'allumer un projecteur." parce qu'ils ne travaillent pas de cette façon. Ils travaillent avec des outils complètement différents. Et je pense que c'est toujours un problème aujourd'hui. Le gros problème des effets spéciaux numériques est que les outils lumineux sont complètement différents, inintuitifs pour les réalisateurs. C'est une grande source de frustration chaque jour sur Avatar.
JEFFREY RESSNER :
En quoi "Aliens" serait différent si vous le faisiez aujourd'hui ?
JAMES CAMERON :
Nous le ferions probablement avec beaucoup d'effets numériques. Je travail sur Avatar en ce moment et j'ai des gens courants partout en justaucorps et couverts de points de "motion capture" qui sont supposés être sur une autre planète. Et nous sommes capables de créer des images sensationnelles et frappantes, très réalistes et évocatrices, mais elles se passent dans un décor fantastique. Cela prend parfois littéralement des années pour terminer ces prises. Littéralement des années pour une seule prise.
JEFFREY RESSNER :
Pour "Aliens le retour" vous avez travaillé avec une très jeune actrice et un des personnages principaux de "T2" était un enfant joué par Eddie Furlong. Comment est ce que vous gérez les jeunes sur le plateau ?
JAMES CAMERON :
Carrie et Eddie étaient semblables en ce qu'ils n'avaient jamais été acteurs avant. Je veux dire qu'ils auraient pu être dépassés. Donc il y avait un vrai système de contrôle. Je trouvais que cet enfant pourrait vous émouvoir. Et je pense que c'est à quoi chaque réalisateur fait face quand il crée un film autour d'un enfant. Il faut penser comme eux, mais ne pas les traiter comme des enfants, parce qu'ils vont sentir ca. Il faut les traiter comme votre égal, tout en se rappelant que ce sont des enfants, et qu'ils voient les choses très différemment. Il ne faut pas les assommer avec trop de paroles. Il faut rester assez simple. Eddie avait un problème d'énergie.Ca lui prenait beaucoup de temps pour avoir l'énergie de jouer une scène. Donc je suis allé le voir et j'ai dit "Ok, faisons du 'jumping jacks'".Et nous avons réellement fait quelques jumping jacks ensemble pendant quelques minutes pour s'échauffer. Et ensuite c'est comme si son cerveau s'était reconnecté et il était prêt.
JEFFREY RESSNER :
Comme dans la plupart de vos films, "T2" a quelques effets à vous décrocher la mâchoire : le coup de fusil a pompe qui explose la tête du T-1000 en deux, le morphing du cyborg d'une flaque de métal liquide à une forme humaine. Comment faites vous pour que ces effets ne prennent pas le dessus sur le scénario ?
JAMES CAMERON :
Vous voulez emmener les gens à un endroit qu'ils n'auraient pas imaginés eux même, mais ça doit rester en harmonie avec ce que vous avez déjà mis en place. Ce n'est pas autant le putain de moment crucial, que tout les détails qui entourent ce moment et qui nous amènent à lui. Maintenant si vous prenez du recul, le truc parait assez absurde, ou au moins totalement impossible. Mais vous le construisez comme avec des briques et du mortier. Vous le construisez, vous le construisez, vous le construisez et vous créez les détails. Les acteurs font une grande partie du travail car leur engagement total envers ces idées est ce qui convainc le public que ce qu'ils voient est réel. Quand Sigourney Weaver regarde la reine « Alien » se dégageant du train d'atterrissage à la fin du film, vous croyez vraiment qu'elle est là. Bien sur c'est juste une masse de caoutchouc, mais vous croyez que c'est une créature vivante parce que Sigourney vous le fait croire. C'est comme ça que ça marche - la qualité des interprétations rend les effets visuels plausible, et pas les effets eux même.
JEFFREY RESSNER :
De nos jours, les acteurs doivent jouer devant un fond vert ou bleu, ou devant un marqueur autocollant qui sera rempli plus tard. Que dites vous aux acteurs qui n'ont jamais travaillé de cette manière ?
JAMES CAMERON :
N'importe quel acteur peut choisir une page de dialogue, et avec un autre acteur jouer sans attendre une bonne scène. Du point de vue d'un réalisateur, tout ce que vous avez à faire est de vous assurer qu'ils sont bien cadrés, non ? Mais quand l'autre acteur n'est pas là, c'est là que vous avez du travail. Vous devez utiliser tout les moyens de communication possible pour créer quelque chose qui, dans leur esprit, est dramatiquement réel. Donc vous leur parlez beaucoup de ce qu'ils voient, et vous essayez de leur montrer ce que c'est. Ce que je veux dire, c'est que c'est très simple, mais vous devez savoir ce qu'un acteur peut créer à partir de rien. Quand un acteur arrive à une audition, il est debout au milieu de la pièce et est supposé être sur une autre planète, dans un autre temps ou sur le pont du Titanic. Il ne joue pas face à un autre acteur, il n'a pas de décors ou de garde robe, si il peut le faire a ce moment, il pourra le faire plus tard. C'est pourquoi je ne donnerais jamais un rôle à un acteur sans une audition pour ce type de travail.
JEFFREY RESSNER :
A quoi ressemblent vos auditions ?
JAMES CAMERON :
Je n'engage pas un acteur avant d'avoir passer au moins une heure à travailler avec lui. La plupart des acteurs, malheureusement, viennent en pensant "je vais avoir 15 minutes et je vais l’impressionner". Donc ils travaillent sur la scène avec leur coach, ou avec un ami ou quelqu'un d'autre, c'est vraiment important pour eux. Donc je leur laisse le premier quart d'heure, le second quart d'heure est de l'exploration. Ensuite, après ça, je vais les pousser pour voir si ils peuvent non seulement prendre en compte une idée nouvelle et jouer dessus, mais peuvent ils clore l'échange ? Peuvent-ils prendre en compte un nouveau concept et jouer dessus ? Parce ce que c'est de cette manière que nous travaillerons sur la scène. Je n’attends pas que l'éclairage soit parfait à la première prise. Si c'est le cas, les caméramans eux ne sont souvent pas prêt.[rires]
JEFFREY RESSNER :
Avec tout le génie technique et les éléments générés par ordinateur dans vos films, j'imagine qu'il n'y a pas beaucoup d'improvisation.
JAMES CAMERON :
Oh si, absolument, c'est très improvisationnel. Bien que je sois scénariste, je ne commence pas les scènes avec un storyboard. J'ai quelques idées a propos du positionnement des acteurs. La première chose que je fais est de demander à l'équipe de se reculer et je fais un essai de positionnement avec les acteurs ou j'essaie de trouver ce qui visuellement est intéressant. Mais j'essaie aussi d'avoir un moment plus libre. Et si les gens ont des idées ils peuvent ajouter quelques dialogues qui peut être les aident. Je préviens les studios que le script que je leur donne n’est qu’une première ébauche. Une seconde version est faite avec les acteurs et l'ébauche finale est faite lors du montage.
JEFFREY RESSNER :
En dehors du box office, ce dont beaucoup de gens dans l'industrie se souviennent a propos de Titanic, sont les mauvaises rumeurs qui ont précédées le film. Qu'est ce que cela vous a appris a propos du pouvoir de la presse ?
JAMES CAMERON :
J'ai beaucoup appris a propos des médias, qu'ils peuvent être comme des rapaces. Ils peuvent être comme des requins dans une frénésie d'information, sans faire attentions aux faits. Je n'avais jamais été attaqué avant, sauf peut être dans des rapports individuels ou ce genre de chose, mais jamais avant la sortie d'un film. Des personnes qui n'avaient aucune idée de ce que nous faisions ont juste pensée que ça serait un bon sport que de nous attaquer. On nous a fait passer pour les plus grand idiots du cinéma pour réaliser un film où tout le monde sait ce qu'il va se passer à la fin. Ok le gros bateau coule. La belle affaire. Pourquoi avez-vous besoin de dépenser 200 millions de dollars pour ça ? Que vous dépassez largement votre budget. Vous devez retarder votre date de sortie. Nous avons été condamnés par défaut, et pendus symboliquement avant que nul n'ait vu une seconde du film. C'est amusant comment ça devient une épreuve pour votre caractère. Vous pouvez craquer et abandonner et ça devient une prophétie accomplie du coté des médias. Mais je ne laisserai jamais dire que mon film est un navet. Je ferai toujours le meilleur film que je peux.
JEFFREY RESSNER :
Comment avez-vous géré le tournage avec toute cette mauvaise presse ?
JAMES CAMERON :
ça n’a pas eu d'incidence sur notre travail. Je pense que les acteurs sont relativement à l'abri de ce genre de choses, sauf si ce sont de grandes stars du cinéma et que l'attaque est dirigée contre eux. Mais Leo et Kate ont été respectés, vous le savez, ce n’étaient pas eux la cible de ces attaques.
Nous étions aussi tellement occupés et concentré...Chaque film devient son propre monde solipsiste et vous vivez dans ce monde chaque jour.
Titanic était éprouvant car il y avait beaucoup de travail. C’était difficile physiquement, toute cette eau, le naufrage du navire, etc.
Mais Leonardo est un véritable clown sur le plateau, il remonte le moral des troupes de temps en temps en nous jouant quelques plaisanteries. Nous avons aussi fait venir un orchestre de mariachis lors de mon anniversaire, en plein milieu d’une scène de tournage, juste pour le fun. Ce genre choses ont tendance à alléger l'atmosphère. Vous devez avoir un sens de l'humour. Pour Titanic, je dirais que j'ai un peu perdu mon sens de l'humour mais pas sur Avatar.
JEFFREY RESSNER :
Nous sommes clairement à une période de transition dans l’industrie cinématographique à l'heure actuelle. Avatar est en quelque sorte un espoir du renouveau digital.
JAMES CAMERON :
Non ce n’est certainement pas à moi d’assumer ça
JEFFREY RESSNER :
Reformulons cette question: que pensez-vous du potentiel qu’aura Avatar de faire avancer le domaine de la 3D ?
JAMES CAMERON :
Voici un aperçu de ce que nous en pensons : C’est une joyeuse expérience sur le moment, j’entend par là le plaisir de vivre dans ce monde. Vous vous asseyez, vous mettez vos lunettes 3D.
Est-ce soutenable pendant plus de deux heures ?
Personne n’avait fait de film 3D aussi long auparavant, c’est un défi qui nous met dans une délicate position de challengeur. Ce que nous pouvons dire aujourd'hui, c'est que le film a la capacité d’avoir un effet significatif marquant sur le public. Et je pense que si, sortant du cinéma, ils associent la 3D à cette expérience, alors ils auront une opinion positivement différente de ce nouveau genre : moins gadget, plus comme un outil naturel de réalisation, et une chose qui donne envie de sortir de chez soit pour aller dans une salle de cinéma. Je pense que nous en avons tous besoin.
JEFFREY RESSNER :
Vous avez évolué beaucoup depuis que vous avez créé le "Waterpod" dans "Abyss". Jusqu'où avez-vous poussé le bouchon dans "Avatar" ?
JAMES CAMERON :
On fait les effets jusqu'à un certain niveau, puis on les envoie aux mecs de Digital Domain qui en augmentent la résolution.
Ils ont conçu des logiciels d'éclairage pour Avatar et je pense que ça va révolutionner la création par ordinateur, c'est ce qu'ils appellent l'"illumination globale".
Le principe est d'éclairer les choses comme elles le sont dans la réalité.
Si vous tournez en extérieur de jour, vous avez un soleil.
Normalement vous pourriez voir 40 ou 50 lumières pour créer cet effet de lumière solaire en la séparant dans plusieurs zones.
Ces dernières semaines, ils nous ont montré seulement 11 plans finalisés du film que j'ai fait visionner à des amis qui n'avaient pas de contact quotidien avec la production et ils ont dit « c'est incroyable ! Comment avez-vous fait ce maquillage ? » Mais ils ne se posaient pas les bonnes questions.
Ils ne comprenaient même pas que ce qu'ils voyaient n'étaient que des uns et des zéros. Il n'y avait que des pixels. Il n'y avait aucune réalité physique ou tangible mais ça avait l'air réel.
JEFFREY RESSNER :
Vous avez fait partie de la conférence de la Guilde des réalisateurs américains en Mars sur la 3D avec "Spielberg" et "Jeffrey Katzenberg" (directeur de la branche Animation chez Dreamworks).
Pensez-vous qu'il devrait y avoir un programme de conseil au sein de ce groupe de réalisateurs qui travaillent dans la 3D ?
JAMES CAMERON :
Je ne suis pas sûr qu'il y ait quelqu'un de qualifié pour être un guide dans le domaine de la 3D. Je pense qu'on essaye juste de la comprendre.
C'est comme le furent les premiers jours où sont arrivés le son et la couleur. Cela tend à occuper votre pensée pendant que vous faites votre film et ce n'est pas toujours très saint.
Mais je crois que toute personne qui veut faire de la stéréoscopie et se salit les mains pour ça montre en retour quelque chose qu'il a tiré de cette expérience.
Dans la mesure où il y a aura nécessairement des règles nous avons besoin de les préciser, afin de ne pas faire foirer le marché et faire vivre aux gens une mauvaise expérience 3D.
JEFFREY RESSNER :
Comment partagez-vous vos expériences ?
JAMES CAMERON :
Peut-être le mieux serait de former un groupe d'entraide dans lequel chaque chef de département ferait part de ses expériences dans le domaine de la 3D.
Vous savez, le fait de se lever et de dire : « Je suis un fanatique de la Stéréo » et ensuite le processus continue sur ce qu'ils ont appris.
Il y a une grande opportunité pour ces gens de se rassembler et parler de la technique comme nous l'avons fait lorsque nous étions jeunes, pour retrouver un peu de cet esprit.
En fait c'est comme ça que je me sens sur le tournage d'Avatar. C'est mon 7ème film mais pour moi c'est comme si c'était le 1er et ce, presque chaque jour.
J'adore ça. Je ne veux pas me retrouver à la place confortable d'un mec qui mord son cigare tout en étant assis à l'arrière et qui divertit les gens qui visitent le plateau tout en essayant de garder l'œil sur ce que fait le directeur de la photographie.
Ca pour moi, ça ne concorde pas avec ce que réaliser signifie.
Si je ne rentre pas avec le corps courbaturé, les ongles noirs à force d'avoir moi même tout déplacé sur le plateau, alors je ne pense pas avoir réalisé quelque chose.
JEFFREY RESSNER :
Comment un réalisateur fait ce saut dans la 3D ?
JAMES CAMERON :
Le premier pas vers la 3D, par utilisation de la nouvelle génération de Caméras, est de faire la conversion du film vers la HD. Et beaucoup de réalisateurs bien établis refusent de faire ça. Où y pensent seulement. Mais en fait vous n'avez pas à juste y penser, vous devez attraper vos couilles avec vos deux mains et sauter de la falaise. C'est aussi simple.
Et après avoir fait cette transition, vous devez faire la 2me transition qui est de commencer à penser en 3D, composer des plans en 3D et tout ce genre de choses.
JEFFREY RESSNER :
Est-ce que vous pensez en 3D en tant que réalisateur ?
JAMES CAMERON :
Je ne regarde pas mes plans en 3D pendant que je les compose. Je les observe sur un écran 2D.
De plus je ne les monte pas en 3D. Donc le challenge pour moi est d'imaginer à quoi ils ressembleront en 3D, mais aussi d'être satisfait quant à leur look en 2D, esthétiquement parlant et ce, pour être sûr que je fais quand même un bon film 2D.
Et ça a l'air de marcher pour moi. Mais d'autres peuvent faire différemment.
Nous avons la possibilité de voir nos plans en 3D pendant que nous travaillons mais j'avais 15 mètres à faire à chaque fois pour aller dans notre espace de visionnage mais j'ai trouvé que ça prenait beaucoup trop de temps car tout le monde vient en même temps et dit « Waow c'est trop cool, remontrez ! ».
Vous pouvez vous amuser sur le plateau mais pas trop quand même.
JEFFREY RESSNER :
Avec "Titanic" vous avez reçu la récompense de la guilde des réalisateurs américains et d'autres honneurs, que signifie pour vous la reconnaissance par vos pairs ?
JAMES CAMERON :
Et bien c'est super d'avoir le respect des gens qui comprennent à quel point ce que vous faites est compliqué, parce que je vous assure que la blogosphère est pleine d'imbéciles qui n'ont jamais fait le moindre plan de leur vie mais qui bavassent sans fin sur le fait que nous, réalisateurs, sommes des imbéciles.
Mais vous savez, je serai à une petite conférence avec quatre ou cinq autres réalisateurs, et même si nos idées esthétiques sont les mêmes ou pas, je sais ce que ces hommes ou femmes ont enduré pour faire leurs films, pour être financés ou endurer les batailles avec les studios et ce, pour préserver leur intégrité.
C'est un très petit groupe et à moins que vous ne l'ayez fait, vous ne savez pas tout ce que ça vous coûte.
JEFFREY RESSNER :
De quoi pensez-vous que les jeunes réalisateurs ont besoin pour utiliser cette nouvelle technologie ?
JAMES CAMERON :
Je pense que le plus gros problème, l'obstacle à l'entrée, est que c'est carrément trop cher.
Donc quand il s’agit de faire un film complètement généré par ordinateur et photo-réaliste, c'est financièrement inabordable.
Avatar c'est 60% d'images générées par ordi et 40% de réel mais encore une fois ça frise l'inabordable.
Les jeunes réalisateurs de maintenant et les réalisateurs à venir ne peuvent donc pas faire ce genre de films directement.
Mais vous aurez des réalisateurs qui créeront des films à succès de manière plus conventionnelle pour commencer et ils apprendront les outils.
Je sais que certains réalisateurs plus vieux de 10 ou 20 ans que moi, ne seront pas dépassé, même si ils sont habitué à travailler à l’ancienne.
Ils vont s’habituer aux outils au fur et à mesure, cela deviendra très intuitif et au final je ne pense pas avoir à leur conseiller quoi que ce soit. Ils verront bien par eux même.
JEFFREY RESSNER :
Je sais que vous avez été inspiré par "2001: l’Odyssée De L’Espace". Avez-vous déjà rencontré "Kubrick"?
JAMES CAMERON :
Oui tout à fait – c’est le cadeau que je me suis offert pour mon 40ème anniversaire.
J'étais en vacances en Europe, je lui ai dit: "J’arrive", et je me suis rendu à son domicile en Angleterre.
A l’époque ma femme était effrayé que je ne sois pas de retour à la maison pour mon anniversaire.
Mais je lui ai dit : « Je vais rencontrer Stanley Kubrick. Il n'y a pas de cadeau, ni de fête, rien de ce que tu pourrai me donner remplacerai ça ».
Alors je suis allé voir ce mec reclus dans cette grande maison et il voulait tout simplement savoir comment "True Lies" avait été fait.
Il en avait un exemplaire sur son KEM dans son sous-sol, et il m'a fait asseoir et lui raconter comment j'avais fait tous ces plans à effets spéciaux.
Donc, j'ai passé tout ce temps ç parler de mon film à Stanley Kubrick, ce qui n’était pas du tout ce que j’avais prévu ce jour là.
Mais je veux être comme Stanley, je veux être ce type. Même quand j’aurai 80 ans, je veux rester le mec qui essaye de comprendre.