Après une expérience sidérante en salle, la sortie de la version Extended d’ Avatar en Blu-Ray était l’ultime étape que l’on attendait tous. Servi admirablement avec tout un tas de bonus plus passionnant les uns que les autres, ce coffret est l’apothéose artistique signé Cameron !
C'est sans surprise que cet Avatar Collector se voit gratifié d'une copie irréprochable, à l'instar de l'édition standard parue en avril dernier qui avait déjà posé certaines bases dans la perfection du visionnage d'un film à la maison. Notre discours reste donc inchangé : pur film de l'ère HD, Avatar risque fort d'en demeurer le plus grand représentant culturel des années avenir et l'archive que constitue d'ores et déjà ce Blu-Ray en fait une démo immédiate. Il faut dire que la démarche de Fox n'est pas la plus condamnable.
En ne proposant rien d'autre que le film lui-même sur ce disque et n'hésitant pas quelques sacrifices sur l'autel audio, tous les œufs ou presque sont regroupés dans le panier consacré à l'image. Avec son disque de 50Go bien spacieux, l'encodage AVC s'y étale donc de tout son long et ce ne sont pas les 16 minutes supplémentaires qui viennent perturber l'excellent travail effectué. De quoi en prendre plein les mirettes, d'autant plus que la copie présentée est celle qu'il fallait mettre à la disposition du spectateur qui n'a pas eu la chance d'avoir accès à une salle Imax.
Cette dernière est en effet tirée du Master 4K prévu à l'attention de ces écrans géant et est proposé dans son format 1.78 original (le format Imax était une sorte de 1.40 qui rognait un peu ce format, celui de tournage). On profite donc enfin de l'intégralité de l'image, avec ses fameux ''bouts manquants'' en haut et en bas de l'écran sur les versions 2.35 cinémascope. Que dire du spectacle, donc, si ce n'est que c'est parfaitement démentiel.
Les premières minutes du film sont à elles seules une compilation de démo qui met d'entrée de jeu ses cartes en évidence : saturation de couleurs vives (en l'occurrence la lumière bleue du caisson dans lequel Sam Worthington est enfermé), très gros plans (son œil, dans la même séquence), profondeur de champ (la libération de son caisson en apesanteur) et autant de ces plans splendides dans l'espace qui ont l'intelligence de prendre leur temps, nous permettant de profiter de la multitude de détails de vaisseaux et des milliers d'étoiles qui l'entourent. Perfection technique que confirme et décuple la vision prolongée.
Sans le moindre pet d'encodage ou de compression, la vidéo délivre un piqué d'image permettant à tout l'imaginaire foisonnant de James Cameron de s'étaler sans nous faire tiquer. Le survol de Pandora, avec ses nuages, ses plaines à perte de vue et ses coins brumeux. La gestion des couleurs en dit également bien long sur l'épatant processus artistique dont la faune et la flore du film ont bénéficié, entretenue par un contraste habilement équilibré qui offre tout son relief à la palette.
Et enfin une définition au couteau démontrant que, oui, pointilleuses, léchées à l'extrême et d'un réalisme saisissant, les mages de synthèses sont certainement les plus abouties dans un long métrage à ce jour. Surtout que l'on a l'impression de découvrir encore plus de détails que lors des projections Imax, ce qui n'est pas un petit compliment...
On ne s'étalera pas autant sur l'aspect sonore qui vouvoie un peu moins le révolutionnaire dans sa démarche, mais qui n'en demeure pas moins une forme de perfection technique, là encore sans réelle surprise. Même s'il est important de noter que, spécialement pour cette édition, James Cameron a supervisé un nouveau mixage rééquilibré pour le matériel Home Cinema afin de tirer intégralement profit des capacités du film, comme du matériel du spectateur. Ca ne fait pas un pli, c'est sur la version originale qu'il faut se ruer. Proposée dans notre DTS HD Master audio favori, cette VO se pose rapidement sans discuter. Malgré une certaine sagesse pour son ouverture, le film installe environnement riche et pertinent avec un certain coffre. Les premiers mots du héros, en voix off, dévoilent immédiatement le genre de dynamique à laquelle nous avons à faire, autant que les fameuses séquences dans l'espace, qui jouissent d'un ''silence'' habilement construit.
Dans le genre enveloppement immersif de première mesure, la première nuit de Jake dans la foret est une démo à elle seule, où la faune menaçante envahit l'espace sonore avec une précision spectaculaire. Mais pour savoir ce que la bête a vraiment dans le ventre, c'est tout naturellement un peu plus loin que l'on se dirige. Vers la scène 11 septembre, comme certains l'appellent, histoire de mieux apprécier l'homogénéité du fameux coffre avec une gestion des basses qui en fait subir des vertes et des pas mures au caisson. Il est d'ailleurs impossible de ne pas penser à Titanic à cet instant, dont le travail sonore proposait une atmosphère catastrophée du même acabit ou les sons graves et les craquements appuyaient déjà cette sensation de destruction totale.
Ce sont sur ces aspects que la VF fera forcément un peu plus pâle figure. En effet, même si cette dernière accuse sans mal le coup et propose quand même un vrai spectacle particulièrement généreux (là aussi les surrounds et la balance générale bénéficient d'un relief particulièrement immersif, surtout dans les scènes d'action) le fait que cette dernière ne soit proposée qu'en DTS standard lui retire le cachet frais que l'on retrouve sur la VO. Rien de bien grave, mais la différence se fera quand même ressentir. Notons enfin la présence d'une piste anglaise Dolby Prologic destinée aux spectateurs n'étant pas équipés en 5.1 ou en HD.
Avant de les approfondir, on ne pourra que saluer Fox pour le confort de navigation que proposent les disques. L'interactivité étant énormément axée sur la conception très technique du film, chaque bonus dispose d'un guide spécifique très clair (en particulier sur les scènes coupées) mais également sur la lecture du film, puisqu'un système de chapitrage indépendant permet de repérer immédiatement quelles sont les scènes ajoutées, que ce soit dans la version 8 minutes ou 16 minutes. Alors que la navigation et les termes abordés auraient pu devenir compliqués à suivre, ces nombreux cartons et guides explicatifs ne laissent personne en plan. Un très bon point de la part de l'éditeur.
Le cas de Grace est ensuite développé lors de deux séquences où elle affiche un trait maternel beaucoup plus évident envers Jake, à qui elle se confie. D'autres séquences sont parsemées ici et là, dont une attaque meurtrière des Na'vis contre un petit groupe de militaires, justifiant l'assaut contre l'arbre. Ce dernier apparait donc comme des représailles et plus une simple attaque gratuite.
Autre morceau de choix, Filmer Avatar (1h38) est un long making of en quatre parties (les origines, la préproduction, le tournage et la post-production), passionnant sur deux points. D'abord, la conception du film comme on pouvait s'y attendre mais surtout un portrait assez déconcertant de James Cameron qui ne cache plus une certaine forme d'humour très habile. Ce dernier démarrant sur les chapeaux de roues avec un "J'ai eu l'intelligence de m'entourer de gens intelligents". Voilà qui donne le ton, avant de bifurquer souvent, non sans humour, vers une forme d'autocongratulation parce que finalement, James Cameron, il sait tout faire. Tirer à l'arc à l'envers et toucher la cible du premier coup (il le raconte, mais on ne le voit pas), il parle quinze langues qui n'existent pas et il a lui-même dessiné les plans des diverses machines jusqu'au dernier boulon, tout seul dans son coin. Y'a plus qu'à se prosterner ! Sorti de cet aspect, finalement plus rigolo que malsain (le reportage ne se prend pas du tout au sérieux), les coulisses du tournage sont franchement incroyables à suivre, de bout en bout, parce que l'on se rend compte qu'Avatar, ce n'est pas juste des gens en collant qui s'agitent devant un fond vert.
On y découvre ainsi les conceptions originales des diverses créatures, sous toutes leurs formes et des nombreuses cessions de maquillages dont ont eu besoin les acteurs (car oui, tout n'a pas commencé totalement en 3D). On y évoque également le choix du casting, qui a été auditionné uniquement dans la langue Na'vis et dont chaque participant a du calquer son accent sur celui de Zoe Saldana, puisqu'elle est le Na'vi principal de l'histoire. Démarche estomaquante pour le comédien Joel Moore, encore plus épaté d'avoir été sélectionné pour une prestation qu'il n'a pas compris. On apprendra également que le personnage de Sigourney Weaver, Grace Augustine, ne devait pas être interprété par la comédienne à l'origine car beaucoup trop assimilable à Ripley. Toujours au rayon des surprises, on découvrira un pre-tournage au milieu de la jungle avec une partie de l'équipe, costumée comme dans le film, pour offrir aux comédiens des repères sensoriel lors du tournage en studio. Chorégraphies, effets spéciaux, armes, monstres et même un segment sur la conception du marketing poids lourd autour du film (le phénomène Avatar Day y est décortiqué) font ainsi l'objet d'un making of rapidement indispensable.
On notera également la présence d'un petit documentaire Message de Pandora : visite de James Cameron au Brésil (20min08) qui se présente un peu comme le "Avatar : l'histoire vraie" histoire d'insuffler une part de pédagogie historique dans tout ça. Toujours est-il que l'on n'en est pas si loin puisque le réalisateur et quelques acteurs rendent visite à une tribu d'Amérique du Sud à qui l'on a gentiment demandé de se pousser afin d'y effectuer un déboisement massif. Mais les derniers bonus vraiment sexys de ce second disque reposent sur Secrets de production : le défi technique et les effets visuels (1h24) qui, malgré son côté "charabia technique uniquement réservé aux cinéastes" demeure finalement très abordable. Là encore, un guide explicatif est présent pour éviter de larguer le spectateur, qui va assister à une analyse de fond du rendu à l'écran et des nombreux outils pour y parvenir. Une multitude de vidéos est ainsi proposée, dévoilant des tests divers, un vrai court-métrage réalisé il y a quelques années pour vérifier la crédibilité d'une interaction entre un personnage photoréaliste et un acteur ainsi que pas mal de petites choses comme ça. Même si le clou de cette section repose sur des demo reels très complets de chaque société d'effets spéciaux ayant participé au film (et elles sont nombreuses) pour, d'une part, constater l'évolution des éléments graphiques à l'écran étape par étape mais surtout pour constater l'incroyable cohérence à l'écran de choses conçues par des équipes totalement différentes.
Mais comme ce troisième disque contient encore de la place, autant en profiter ! Du coup, on dispose, avec les Coulisses de la production (1h32 en tout), de 17 modules vidéo qui s'imposent comme un complément au making-of du second disque. Ou en tout cas les versions longues de certains thèmes qui y ont été abordés brièvement histoire de ne pas alourdir son rythme. Une approche plutôt maline puisqu'elle permet aux fans d'entrer encore un peu plus dans le vif du sujet. Outre la plongée approfondie de la création des aliens, des machines, autres créatures du film mais également le traitement sonore, la complexité du montage à travers diverses interviews, celles qui retiennent le plus notre attention sont focalisées sur les deux caméras maitresses du tournage. Celle permettant James Cameron de filmer "en live" à travers l'univers recréé en images de synthèses comme si il y était vraiment mais aussi la fameuse caméra 3D créée tout spécialement pour le film.
Dernière ligne droite, les Archives Avatar qui proposent également leur lot de documents qui raviront les fans. Les vidéos de casting et d'essai de quelques comédiens, les documents promo (bandes annonces, affiches, etc) mais aussi et surtout de nombreuses pièces en images fixes dont l'exploration totale est trés longue. Outre les documents écrits, comme le scénario, les notes ou bien encore un amusant dictionnaire Na'vi/Anglais, Anglais/Na'vi dans son intégralité, complétée par les textes de chansons tribales Na'vis, ce sont les diverses galeries d'images et de dessins qui retiendront notre attention. Tout ceci est proposé en HD plein écran et on en prend littéralement plein les yeux. A titre d'exemple, la galerie concernant les AMP Suits propose d'en découvrir des photos, des dessins préliminaires, des images conceptuelles divulguant l'engin en condition et même les plans complets pièce par pièce, si jamais quelqu'un était tenté d'en fabriquer un. On vous laisse imaginer ce que donne cette approche étendue sur tout l'univers d'Avatar. De quoi contenter largement les plus curieux...
*Critique reprise du site filmsactu.com